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L'IA et le Futur du Travail : Quelles Perspectives ?


Par Julien Malaurent - Professeur ESSEC

Avec ESSEC Knowledge Editor-in-chief                                           


Tout le monde se pose la même question : comment l'IA va-t-elle impacter nos vies professionnelles ? Julien Malaurent, Professeur en Systèmes d'Information et codirecteur académique de l'ESSEC Metalab, a mené une étude en partenariat avec l'OCDE pour mieux comprendre l'impact de l'IA sur le travail dans huit pays membres de l'OCDE. L'étude porte sur l'influence de l'IA dans le travail, la façon dont les salariés s'adaptent à ces technologies et les nouveaux défis qui se posent.

Le professeur Malaurent a dirigé la partie française de l'étude. Outre la France, l'étude a également été menée aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, en Irlande, en Allemagne et en Autriche. Pour cela, plusieurs entreprises des secteurs de la production, de la finance et de l'assurance ont été interrogées, avec des réponses de plus de 2000 employeurs et 5300 employés entre mi-janvier et mi-février 2022. Les données quantitatives ont été complétées par des données qualitatives provenant de 100 études de cas menées auprès d’entreprises implantées dans les sept pays mentionnés ci-dessus, plus le Japon.


Qui est concerné par l'utilisation de l'IA ?

Les personnes interrogées occupaient diverses fonctions et avaient différents niveaux d'exposition à l'IA dans leurs tâches quotidiennes. Cela signifie que l'IA a le potentiel d'avoir un impact sur toutes les fonctions de nos organisations. Les chercheurs ont néanmoins identifié certaines tendances démographiques. Ainsi, les utilisateurs de l'IA sont plus susceptibles d'être jeunes, de sexe masculin et plus éduqués. Les chercheurs ont également constaté que les collaborateurs  plus âgés peuvent avoir plus de mal à s'adapter et semblent moins enthousiastes à l'égard de l'introduction de l'IA dans leurs métiers.


Quel sera l'impact de l'IA sur nos emplois ?

Les chercheurs ont identifié trois tendances. 


Si l'IA est utilisée correctement, elle peut stimuler la productivité et la qualité de l'emploi. 

Il y a des raisons d'espérer : la majorité des participants a constaté que l'IA peut stimuler la productivité et la qualité de l'emploi. Environ 80 % des participants ont déclaré que l'utilisation de l'IA avait augmenté leurs performances au travail, et seulement 8 % ont fait état d'une baisse qu'ils attribuent à l'IA. En fait, la plupart des utilisateurs ont constaté que les outils à base d’IA impactent positivement l’aide à la prise de décision. Les employeurs considèrent ce potentiel d'amélioration des performances comme l'une des principales motivations de l’introduction de l'IA, au même titre que la réduction des coûts liés au personnel. Lorsque les entreprises consultent leurs employés au sujet de l'adoption de l'IA, elles ont tendance à obtenir des résultats plus positifs en ce qui concerne les performances et les conditions de travail. Cela suggère qu'il est important d'inclure les employés dans les conversations préalables à l'adoption de ces systèmes à base d'IA.

Dans ce qui pourrait bien être son plus grand argument, les collaborateurs ont également identifié des améliorations possibles quant à la qualité de leur bien être au travail. L'IA a le potentiel d'aider à réduire le temps passé sur les aspects les plus désagréables du travail et de réduire le temps consacré aux tâches fastidieuses, de stimuler l'engagement et d'améliorer la sécurité physique. À l'heure actuelle, les taux d'emploi sont stables, bien que l'embauche ait pu ralentir. Le professeur Julien Malaurent note que "Peu importe à quel point l'IA est avancée dans une organisation, il y a ce sentiment partagé que certaines tâches seront toujours mieux exécutées par des humains, comme celles impliquant de l'empathie, de l'interaction sociale et certaines prises de décision impliquant des ressources humaines."


L'utilisation de l'IA requiert de nouvelles compétences, et les entreprises doivent se montrer à la hauteur.

Pour tirer le meilleur parti de l'IA, les entreprises doivent s'assurer que leurs employés disposent des compétences nécessaires, par exemple des compétences analytiques mais aussi humaines (telles que la créativité, la communication et l'esprit critique), ainsi que des compétences spécialisées en matière d'IA. De nombreuses entreprises interrogées réagissent déjà en offrant ou en finançant des formations spécialisées, en mettant l'accent sur le perfectionnement des employés en poste. Les employés qui ont reçu une formation ont également tendance à déclarer que l'IA a eu un impact positif sur leurs conditions de travail.

Si la plupart des collaborateurs se sont montrés enthousiastes à l'idée de pouvoir en apprendre davantage, certains d'entre eux ont également indiqué qu'ils ressentaient une pression accrue au travail, en partie parce qu'ils se sentaient de plus en plus surveillés sur leur lieu de travail. En outre, les employés qui ont participé à une formation sont plus susceptibles d'exprimer des inquiétudes quant à la stabilité de leur emploi, peut-être parce qu'ils voient ce que l'IA peut faire ou parce qu'ils s'inquiètent de ne pas avoir les compétences requises. Dans l'ensemble, ces résultats suggèrent que les entreprises et les salariés bénéficient de formations à l'utilisation de ces nouvelles technologies, même si les formations n'apaisent pas toutes les craintes.

Les employeurs considèrent l'inadéquation des compétences et les coûts élevés comme les principaux obstacles à une mise en œuvre généralisée de l'IA.

Même si les entreprises commencent à répondre au besoin de formation lié à l'introduction de l'IA, elles estiment également que l'inadéquation actuelle des compétences est un obstacle majeur à une mise en œuvre généralisée. Le coût est également un obstacle à son adoption massive. Proposer et financer des programmes de formation peut être, en effet, coûteux, tout comme l’accès à des solutions d'IA spécialisées.


Les robots vont-ils prendre nos emplois ? Pas si vite.

Si les employeurs ont indiqué que la réduction des coûts du personnel était l'une des principales motivations à l’introduction de l'IA dans leurs organisations, ils ont également déclaré que les volumes d'emploi n'avaient pas changé suite à l’introduction de ces technologies. Toutefois, parmi les entreprises utilisant l'IA, celles dont les effectifs ont diminué sont plus nombreuses que celles dont les effectifs ont augmenté, ce qui indique que l'IA pourrait automatiser plus d'emplois qu'elle n'en crée -  pour l'instant. Alors qu'environ la moitié des salariés a déclaré ne pas être préoccupée par l'avenir de leur emploi, les utilisateurs de l'IA étaient plus susceptibles de se déclarer inquiets. De nombreux collaborateurs ont indiqué qu'ils s'attendaient à ce que les salaires diminuent au cours de la prochaine décennie - suite à l’adoption massive des technologies à base d’IA.

Pour conclure, les perspectives concernant l'impact de l'IA sur le marché du travail sont à ce jour positives. Les salariés qui utilisent déjà l'IA font état d'une amélioration de leur productivité et de leurs conditions de travail, et sont prêts à participer à des formations pour en apprendre davantage. Nous n'assistons pas (encore ?) à des licenciements massifs. Les entreprises choisissent d'améliorer les compétences de leurs collaborateurs et de former leurs salariés actuels pour qu'ils s'adaptent aux nouvelles méthodes de travail plutôt que d’embaucher de nouveaux collaborateurs. Néanmoins, cette démarche reste, pour l’instant, coûteuse et peut constituer un obstacle à une adoption généralisée de ces technologies. Par ailleurs, l'étude suggère que les salariés soient inclus le plus tôt possible dans les discussions liées à l’introduction de l'IA dans leurs métiers afin de maintenir un contrôle sur les processus concernés mais aussi une meilleure compréhension des impacts de ces technologies sur ceux-ci.


Pour en lire plus 

Milanez, A. (2023), "The impact of AI on the workplace: Evidence from OECD case studies of AI implementation", OECD Social, Employment and Migration Working Papers, No. 289, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/2247ce58-en.

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